Prenez soin du chien, J-M Erre



Pour ceux qui ne me connaissent pas, il faut savoir que j’ai toujours quelques lubbies relevant probablement d’une sévère névrose pas encore diagnostiquée. Dernièrement mes obsessions ont successivement été les calamars géants, Zola, les nuggets, Dostoievski, les films de Woody Allen d'avant 2001 et pour finir tous les livres portant sur la preuve de la domination de l’homme sur la femme dans toutes les sphères de la société. Mais s’il y a bien une obsession que je maintiendrais pour toujours, c’est bien évidement celle concernant J-M Erre, auteur génialissime, de façon générale trop méconnu. Mais cela va changer : je vais m’y atteler.

J’ai dû découvrir le livre de J-M Erre en 2008 (QUOI ? Déjà ?) à l’époque, tel un messie voulant diffuser la bonne parole, je m’employais à acheter compulsivement, et ce pour chaque anniversaire, le livre de J-M Erre à mes compagnons de classe (COUCOU J-M c’est moi la conne qui ait acheté 5 fois ton bouquin BISOUS). Comme cette stratégie ne me permettait pas une réussite sûre à 100% (comment être bien certaine qu’ils ont lu le livre ?) j’ai commencé à harceler pour qu'ils acceptent ma donation à titre gratuit du livre/harceler pour savoir les avis toutes les personnes ayant eu le malheur d’être tombées sous ma domination amicale. Mais j’ai bien évidement arrêté, car bien que cela fasse plein de vus à J-M Erre, cela risquait toutefois d’avoir un impact négatif sur ma vie sociale (même si de façon générale j’ai eu des critiques dithyrambiques à l’égard de cette œuvre) (et sans qu’aucune menace sur leur intégrité physique et/ou morale ne vienne entraver leur paroles).

Les années passent, J-M (oui ben c’est bon on est pote maintenant) sort 2 autres livres et j’ai, grâce à ce blog, une visibilité qui se compte en milliards (peu ou prou) de vues par jour. Ce qui va me permettre de dire à quel point, son premier livre, Prenez soin du chien a bouleversé ma vie.

Ok donc d’abord, de quoi cela parle ? Me demandez-vous, poussés par une curiosité polie, cela parle de deux immeubles, face à face et des interactions sociales qui ont lieu entre ses habitants. Oui cela peut paraître un peu commun et votre curiosité polie s’est désormais mue en moue désolée. Mais laissez-moi finir, Prenez soin du Chien est un roman choral, avec une multiplicité de sources narratives du journal intime, en passant pas une correspondance épistolaire, d’un roman érotique, faisant le détour du côté des feuilletons de radio, des extraits d’articles, de synopsis de film, et pour finir des mails. Bref, chaque protagoniste, par un procédé narratif propre, aussi personnel que (donc) subjectif va raconter l’histoire, une histoire qui est au début parcellaire pour finalement devenir un tout et prendre une cohérence impensable jusqu’alors.

Mais Prenez soin du chien est plus qu’une simple comédie sur les interactions sociales entre voisins, non, c’est également un pastiche des Dix Petits Nègres d’Agatha Christie et de façon générale de tous les films  policiers de séries Z (l’auteur admet d’ailleurs ici sa filiation au cinéma).

Toutefois, ce qui est ENCORE meilleur avec ce livre c’est son écriture, vive, ironique et surtout très très très drôle. Je vous en donne à lire un extrait : « Corneloup, survolté, s’est mis à insulter Ladoux avec une grossièreté qui m’a laissé admirative. En gros, il invitait des hippopotames sodomites à enrichir les connaissances de notre concierge en matière de sexualité de groupe. Polenta a eu le malheur de rire à cette alléchante évocation et a essuyé en retour un flot d’invectives cinglantes qui établissait une étroite ressemblance entre ses habitudes vestimentaires et les mœurs femelle bonobo en période de rut. Nous avons alors pu assister à une démonstration de catch féminin de haut vol avec crêpage de chignon en torsion latérale, machette brise-molette et vautrement final dans la quiche lorraine.».

J-M Erre a un talent indéniable dans sa maîtrise tirant à la perfection des mots, arrachant et exploitant tout le comique de n'importe quelle situation, aussi banale soit-elle. Il signe un premier livre original, parfait, désopilant et décalé, qui laisse, à sa fin, le lecteur littéralement épuisé mais d'un état de douce béatitude ne pouvant que en redemander.

Alors MERCI, Monsieur J-M.