Deep End, de Jerzy Skolimowski



J'ai découvert Jerzy Skolimowski avec Essentiel Killing, film doté d'un Vincent Gallo silencieux et bluffant qui mériterait d'ailleurs également un article à son effigie. Franchement impressionnée, je me suis penchée sur le réalisateur, donc, et c'est ainsi que j'ai pu découvrir que ce polonais avait un réel don pour calquer cinéma et poésie.

C'est ici son film Deep End que j'aimerais présenter, parce que l'esthétisme du long métrage m'a vraiment transportée.

L'histoire est simple : un jeune collégien décide de travailler dans des bains publics, où il rencontre Susan, collègue dont il va par la suite tomber amoureux jusqu'à en être obsédé. En gros.
Cependant, Skolimowski ne s'arrête pas à une histoire d'amour un peu relou : sorte d'ancêtre du teen movie, c'est toute la culture de la révolution sexuelle du début des années 1970 qui est ici exposée.



En effet, travail pas si innocent. Susan apprendra à Mike, le collégien en question, comment arrondir ses fins mois en faisant plaisir aux client(e)s de l'établissement, et, jouant avec ses sentiments et ses ressentis, c'est une sorte d'éducation sexuelle qu'elle va s'amuser à lui enseigner.

On entre alors au coeur même des sentiments d'adolescents, de ses premières émulsions. Suivant la jolie Susan avec l'envie désespérée, et surtout très maladroite de la séduire, Mike va apprendre et tenter d'appliquer, sur fond sonore pop de anglaise et de couleur glauques défraîchies, avec plus de mal que de réussite, devenant gênant par la suite, son amour tournant presque à l'obsession.



Bien plus qu'un film sur les premiers émois amoureux de l'adolescence, c'est un film qui témoigne de la découverte du sexe et des sentiments, où se mêle mélancolie, cruauté et dynamisme.

Olivier Père (directeur du cinéma sur Arte) a ainsi très bien résumé le film, en une phrase seulement :  "Le film enfin restauré avec ses rutilantes couleurs pop venant balafrer la grisaille londonienne est un chef-d’œuvre de mélancolie et de cruauté, ancêtre pas si lointain des teen-movies sensibles signés Gus Van Sant dans son exploration empathique des émois définitifs de l’adolescence."


Du même auteur, j'aurais donc à conseiller Essentiel Killing, mais aussi Le Départ (avec Jean-Pierre Léaud en prime).

Petite anecdote : le titre du film, "Deep End" donc, fait allusion, apparemment, à l'expression anglaise "to be thrown in at the deep end", qui signifie "être jeté tout de suite dans le bain".